Le business caché des sites d’actualités générés par intelligence artificielle : un marché à plusieurs millions d’euros
Le temps du papier pour les médias français semble se conclure de plus en plus. Aujourd’hui, plusieurs études statistiques tendent à démontrer que le numérique représente désormais plus de la moitié de la part de marché publicitaire en France.
La publication d’articles de presse sur Internet représente donc un marché qui peut s’avérer très lucratif via l’insertion de publicités dans les contenus journalistiques. La manne financière pouvant découler du trafic numérique est conséquente. Des centaines de millions d’euros peuvent se partager entre les sites d’informations, avec des variations selon les années.
Pour la presse française, ce trafic vient majoritaire des services numériques de Google, et plus particulièrement de Google Discover, une page qui propose des recommandations d’articles aux utilisateurs en fonction de leurs centres d’intérêts détectés grâce à l’analyse de leur historique de navigation dans les services Google et associés.
Environ 69% des clics venant de tous les services Google, sont originaire de la fonction Google Discover. Les médias sont donc contraints d’optimiser le plus possible leur présence dans cette agrégation d’articles pour développer leur audience et donc leurs revenus publicitaires qui dépendent du volume de lecture.
Les recommandations Google et les publicités internet sont aussi intimement liés, puisque les sites d’infos utilisent très largement la régie publicitaire Google AdSense pour placer leurs encarts promotionnels dans leurs contenus. La performance des sites recommandé par Google bénéficie donc à la fois au géant américain de la tech et aux éditeurs des sites.
Dans cette économie, une nouvelle concurrence s’est engouffrée : des « sites d’actualité » créés intégralement par intelligence artificielle (IA). Leur objectif est simple : produire des textes à la chaîne pour apparaître dans Google Discover et monétiser via la publicité. Une enquête du media Next.ink montre que près de 18 % des 1 016 sites le plus souvent mis en avant par Discover sont générés par IA.
La « recette » est industrielle : publier des centaines d’articles quotidiens, sans relecture humaine. Des exemples documentés montrent 7 700 articles en 15 jours (environ 510/jour) pour un site, 2 300 en 12 jours pour un autre, voire 760 articles en une heure sur un troisième. Ce déluge de contenus suffit parfois à prendre le dessus sur des médias légitimes installés dans Discover.
Pourquoi cela paie ? Parce que chaque visite s’accompagne d’impressions publicitaires (souvent via Google AdSense), et que la mécanique d’amplification de Discover peut créer des pics d’audience massifs. Des revenus estimés entre 100 000 et 150 000 € par mois ont été attribués par l’enquête de Next à l’un de ces éditeurs, preuve d’un business qui peux rapporter gros quand la machine fonctionne.
Ce trafic créer un risque pour la presse. Il dérobe le trafic potentiel des médias traditionnels qui, eux, emploient des journalistes professionnels qui ne peuvent concurrencer cette production robotique démesuré.
Next relève qu’à certains moments, Discover a recommandé jusqu’à 196 articles d’un site IA en une journée, contre 94 pour Ouest‑France ou une trentaine pour Le Parisien, L’Équipe et BFM. Autrement dit, ces contenus cannibalisent la visibilité et les revenus de titres professionnels.
Un risque pour le lecteur est aussi présent. Ces sites IA publient souvent des textes approximatifs, hors contexte, voire faux. Plusieurs exemples récents en France et ailleurs ont montré des articles inventés de toutes pièces qui circulent largement avant d’être démentis.
Le danger ne s’arrête pas au business. Selon un article de La Voix du Nord, des faux sites régionaux, imitant l’identité visuelle de médias locaux, ont récemment été détectés en France. Leur contenu, généré par IA, relayait des informations biaisées et des rumeurs visant à déstabiliser l’opinion publique française.
Derrière certaines de ces opérations, des chercheurs américains cités par La voix du Nord, soupçonnent des manœuvres orchestrée par des réseaux d’influences pro-russes, qui exploitent la crédibilité supposée des médias de proximité pour diffuser de la propagande.
Ces sites, qui se présentent comme des sources locales fiables, sont en réalité des outils de désinformation à grande échelle, capables d’influencer des débats sensibles ou des scrutins. Cette dérive illustre comment la technologie, conçue pour informer, peut devenir une arme géopolitique.
© Thomas Le Joly pour MediaJoly.fr
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